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Les gestes qui rendent votre bébé plus écologique

La marge de manœuvre des parents est mince et le sujet est encore peu documenté. Utilisez notre calculateur pour identifier les gestes qui changent la donne.

Ghali Chraibi, Manon Michel et Guillaume Parchet, étudiants à l’EPFL
Avec la collaboration de Cécile Denayrouse et Paul Ronga
Mis à jour le 4 juillet 2021

Cet article et le calculateur de pollution qui l’accompagne ont été élaborés par trois étudiants de l’EPFL dans le cadre du cours de Master UNIL-EPFL «Les données en contexte», en partenariat avec Tamedia. Deux journalistes les ont encadrés dans leur travail.

Couches, biberons, jouets… Tout le monde s’accorde à dire qu’avoir un bébé fait saigner le portefeuille. Mais ils ont un autre impact, plus difficilement quantifiable: le coût écologique. À elles seules, les 5500 couches-culottes utilisées en moyenne jusqu’aux débuts de la propreté d’un bébé, aux alentours de 2 ans et demi, nécessitent plus de 1500 litres de pétrole, selon l’ONG Zero Waste Europe. Sans parler de leur transport et de leur élimination.

Pour illustrer l’impact environnemental des bébés, mais aussi trouver des solutions pour réduire cet impact au quotidien, nous avons conçu un calculateur permettant d’estimer la pollution générée par différents types de couches, de nourriture, de vêtements et de jouets jusqu’au troisième anniversaire d’un enfant.

Note: le calculateur proposé ci-dessous est approximatif, il ne tient pas compte de tous les paramètres qui influent sur le bilan écologique d’un bébé. Son but est de permettre une comparaison entre différentes alternatives du point de vue des émissions de gaz à effet de serre, mais il ne tient pas compte des autres formes de pollution.
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Quel type de couches utilisez-vous le plus?
Des couches jetables
Des couches lavables

Les pièges des couches lavables

La couche-culotte jetable est omniprésente, mais la quantité de déchets qu’elle génère – plus ou moins une tonne par bébé, selon Zero Waste Europe – et les composants nocifs découverts dans certains modèles ont remis les couches lavables au goût du jour. Sans compter que ces dernières allègent considérablement le budget des parents, puisqu’elles permettent d’économiser environ 2000 francs en achat par rapport à des couches jetables.

Ce marché a énormément évolué, comme l’a observé Vanessa Thiboud, enseignante dans une école genevoise et mère de trois enfants: «Lorsque j’ai eu mon premier enfant il y a quinze ans, on ne trouvait simplement pas de couches écologiques. Le débat était plutôt centré sur les produits toxiques.»

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Elle a pu se procurer des couches bios pour son deuxième enfant, âgé aujourd’hui de 12 ans, en les commandant sur internet: elles n’étaient pas disponibles en grande surface. «Mon choix visait à éviter les produits toxiques. J’ai également envisagé les couches lavables, mais leur utilisation me paraissait beaucoup trop fastidieuse.»

Bien sûr, le choix de ces couches bios a un coût sonnant et trébuchant. Enseignant-chercheur à l’Université de Lausanne et à l’EPFL et papa de deux enfants, Selim Krichane estime les acheter «environ moitié plus cher que les couches premier prix».

Couche-culotte jetableL’impact environnemental des couches bios est très variable, notamment en fonction de leur composition, de leur méthode de fabrication et de leur provenance. Mais une étude du gouvernement britannique remontant à 2008 estimait qu’elles permettent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 15% par rapport aux couches jetables classiques.

Quant à l’empreinte carbone des couches lavables, elle dépend très fortement de la manière dont les parents les lavent, tout au long de la croissance du bébé. Machines à moitié vides, température réglée à 90 °C, séchage en machine: une seule de ces habitudes pourtant bien pratiques suffit à rendre les couches lavables plus polluantes que les jetables, selon la même étude. Et les progrès des appareils électroménagers en matière de consommation d’énergie n’ont pas encore changé la donne.

Le fait de bien enlever les selles du bébé, assorti d’un lavage optimisé d’un point de vue énergétique, permet de faire chuter le poids écologique des couches lavables. Mais le coût de cette solution, en temps et en effort, la rend peu attractive pour la plupart des parents.

Lait maternel = zéro émission?

Sein ou biberon, Vanessa Thiboud connaît les deux: «Après avoir allaité chacun de mes enfants durant les 1-2 premiers mois, je suis passée au lait en poudre. J’aurais préféré continuer d’allaiter, malgré les contraintes que cela implique, mais je manquais de lait en raison d’une réduction mammaire.»

Nettement plus écologique que le lait en poudre, l’allaitement a tout de même un impact sur l’environnement. En effet, selon un rapport mandaté par l’OMS et l’ONU, une maman qui allaite consomme environ 500 kcal journalières supplémentaires durant les 6 premiers mois de l’enfant. C’est donc le régime alimentaire de la maman, par exemple carné ou végétarien, qui détermine l’empreinte carbone du lait maternel.

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Biberon de laitCelle des substituts de lait maternel est complexe à calculer. Nous pouvons toutefois en faire une approximation en prenant en compte les différentes étapes de leur fabrication. Ces préparations infantiles sont principalement composées d’huiles végétales et de lait brut. La production de ce dernier concentre près de 60% du coût carbone du produit final, mais fluctue grandement d’un pays à l’autre.

De plus, d’autres facteurs de production ne sont pas à négliger, comme la transformation des matières brutes en poudre, l’emballage du produit et les divers transports. Enfin, au moment de la consommation, il est nécessaire de stériliser le lait avec de l’eau chaude dont la préparation est également énergivore.

Les habits: petits mais pas pour autant écologiques

Production délocalisée, colorants polluants, consommation d’eau et de pétrole: l’industrie textile a un impact environnemental désastreux. Les vêtements de nos bébés ont beau être petits et légers, ils n’y échappent pas. Malgré l’inévitable fait que les bébés grandissent rapidement et se salissent en permanence, certains choix permettent de réduire l’impact environnemental engendré par leurs piles de bodies tachés de vomis.

Séchage à l’air libreLe geste le plus important pour réduire cet impact est d’acheter ou récupérer des vêtements de seconde main, puis de les donner ou les revendre une fois que bébé ne rentre plus dedans. Tout comme pour les couches lavables, laver les vêtements avec des lessives à basse température (jusqu’à 40 °C), faire des machines pleines et sécher le linge à l’air libre participe à réduire son empreinte carbone.

Dans le feu de l’action, les bonnes intentions sont difficiles à appliquer, souligne Selim Krichane: «Nous achetons trop de neuf à mon goût. Mais quand on s’occupe d’un nouveau-né ou d’un nourrisson, tout est compliqué!»

«Un enfant, c’est énormément de choses à gérer, tu dors beaucoup moins, tu es parfois en mode survie. En tant que parent, même si on pense aux aspects environnementaux liés aux bébés, on manque donc d’énergie et de disponibilité pour les mettre en pratique, complète Jackson, 39 ans et papa de deux enfants de 3 et 5 ans. Mais nous avons eu la chance de recevoir beaucoup de vêtements que des amis avaient achetés pour leurs propres enfants.»

Jouets: la jungle des labels

Qui n’a jamais cédé à l’envie de faire plaisir à un enfant en lui offrant une jolie peluche ou un nouveau jouet? Avec la venue du tout plastique et des jeux à bas prix, il est facile d’en amasser des caisses entières alors même que, selon une étude de 2018, la surabondance de jouets nuit à la qualité de jeu. Outre les dépenses qu’ils représentent, leur transport et les difficultés de recyclage en font une problématique écologique digne d’intérêt.

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Jouets pour bébésJackson l’a constaté empiriquement: «Plus ils ont de jouets, moins ils jouent avec… Mais avec les anniversaires, la famille, les caprices quand on va dans les magasins, il est très difficile de respecter ses principes. Il arrive qu’on cède.»

Dans ce domaine en particulier, il est troublant de constater l’opacité entretenue par les grands producteurs quant à la provenance, la composition ou la fin de vie de leurs produits. Les grandes marques que nous avons contactées ont refusé de répondre à nos questions concernant la provenance ou les méthodes de production de leurs produits.

Selon une enquête française menée par la Fédération indépendante du Made in France, les produits de la petite enfance, comme les doudous ou les jeux d’éveil, ne disposent de pratiquement aucune indication d’origine. Certains fabricants vont même jusqu’à ajouter des indicateurs trompeurs laissant à penser que la production est locale, alors que ce n’est pas le cas.

Il est donc difficile pour le consommateur d’effectuer des choix éclairés lors de ses achats. Privilégier les producteurs de jeux locaux reste la meilleure alternative pour réduire les émissions associées aux transports. On pourra également favoriser les jeux en bois brut – et non en bois aggloméré car ceux-ci contiennent du méthanal, une substance cancérigène selon le Centre international de recherche sur le cancer – ou certaines peluches en coton. Cependant, baser son choix sur ces matériaux uniquement n’est pas encore une garantie d’écoresponsabilité.

Pour les plus concernés, il s’agira alors de se renseigner sur la provenance et les labels offerts. Idéalement, un jouet dit écologique devrait adhérer à la norme ISO 14 000 sur le respect environnemental. Pour les jeux en bois brut, les labels FSC ou PEFC peuvent également être de bons indicateurs pour privilégier des bois gérés de manière durable. Finalement, le marquage CE, la norme EN 71-3 ou les labels contre les produits nocifs tels que Oeko-Tex, SpielGut, l’ange bleu et NF environnement peuvent vous guider dans vos choix.

De manière plus globale, il est également possible de s’appuyer sur le comparatif de Moralscore, qui attribue des notes aux marques de jouets sur la base de critères sociaux, environnementaux et éthiques.

Le casse-tête du transport

Jouets pour bébésOn néglige trop souvent le transport nécessaire à nos achats lorsque l’on cherche à réduire notre empreinte carbone. Pourtant l’origine et même le poids des marchandises destinées aux bébés peuvent les rendre plus polluantes. Certes, un pot de purée en verre se recycle mieux et ne risque pas de contenir du bisphénol, une substance très controversée pour ses effets sur la santé. Mais en raison de son poids, il peut avoir un coût carbone plus élevé que son homologue plastique lors des transports.

Autre constat déroutant: en général, faire ses achats en ligne est nettement moins polluant que de se rendre en voiture dans un magasin, selon les conclusions d’une étude américaine parue en 2020. Pour schématiser, un camion de livraison bien rempli génère moins de pollution que des dizaines de personnes se déplaçant individuellement.

En 2018, 86% des vêtements pour bébés et 80% des poussettes importées en Suisse provenaient d’Asie, selon l’Administration fédérale des douanes. Dans ces conditions, et alors que les fabricants entretiennent la confusion entre conception et fabrication locale, la marge de manœuvre des consommateurs est réduite.

Enfin, comme le relève Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC, le choix écologique «n’est pas aisé pour tout le monde et peut prendre du temps ou de l’argent». Le fait maison, certes plus économique, alourdit les tâches ménagères. Quant aux produits estampillés «bio» des grandes surfaces, «ils sont clairement plus chers car la distribution prend des marges trop grandes, poursuit Sophie Michaud Gigon. Trouver le bon produit demande du temps, surtout si vous cherchez à cumuler tous les critères (écologie, santé, prix, etc.), ils peuvent même s’opposer et l’information laisse à désirer.» Une charge supplémentaire peu compatible avec une vie de parents surchargés et souvent minée par des nuits en dents de scie.

«Il y a clairement un manque de volonté politique»

Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC

Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC

Pourquoi avons-nous si peu d’informations sur l’origine réelle des marchandises de puériculture?
C’est un problème qui dépasse largement la puériculture. À la FRC, nous attendons avec impatience les avancées de l’UE autour de l’écolabel. Cependant, les critères peuvent se cumuler ou s’opposer. Pour les enfants, l’aspect santé est prioritaire. Or les fabricants n’ont pas les substances indésirables en ligne de mire. Nous l’avons notamment constaté en analysant des maquillages vendus au rayon jouets: sept des neuf produits analysés contenaient des substances hautement indésirables pour la santé. Le manque de traçabilité de ces articles est également problématique: dans le domaine des jouets par exemple, il est difficile de savoir où, comment et avec quoi ils ont été produits.

La Confédération manque-t-elle de volonté politique en la matière?
En général, la position des autorités suisses est de laisser l’économie prendre des mesures sur une base volontaire, à l’exception quand même de tout ce qui concerne la sécurité. Dans le domaine des articles destinés aux enfants, il y a clairement un manque de volonté: on laisse les fabricants et l’industrie agroalimentaire faire comme bon leur semble en intervenant au minimum.

Comment garder le cap de l’écologie quand cela alourdit les tâches ménagères?
Les premiers choix en matière de démarches écologiques sont souvent faits par les mères durant leur congé maternité. Et comme ce sont souvent les mères qui se préoccupent de ces aspects, voire gèrent beaucoup de tâches ménagères, cela pèse sur leur quotidien et leur charge mentale… Il y a donc encore beaucoup à faire pour parvenir à l’égalité dans ce domaine et la responsabilité vis-à-vis de son empreinte environnementale (et celle de ses enfants) doit être facilitée pour les jeunes parents, comme pour le reste de la population d’ailleurs.

Pourquoi s’intéresser à l’impact écologique des bébés?

Il est surprenant de constater qu’en 2021 il reste tant de produits liés à la petite enfance dont nous ignorons tout de l’empreinte écologique. Ce manque d’informations nous a encouragés à entreprendre des recherches à travers lesquelles nous espérons informer et faire un premier pas pour plus de transparence de la part des entreprises.

Comment nous avons procédé

Pour poser les bases de l’article, nous avons lu de nombreuses publications scientifiques et contacté des experts de l’industrie et du monde académique, afin d’obtenir des informations dans un domaine encore relativement peu documenté.

Afin d’aider les lecteurs à identifier l’impact environnemental de leurs choix, nous avons conçu un calculateur d’empreinte écologique. La problématique étant très vaste, nous nous sommes focalisés sur l’alimentation, les vêtements, les couches et les jouets des bébés. Les résultats sont approximatifs en raison du manque de données disponibles sur les bilans carbones des produits de puériculture, mais aussi de tous les paramètres dont il est impossible de tenir compte.

Ce que nous retenons

Même si certains acteurs font un réel effort de transparence, le coût carbone ne devient intéressant que lorsqu’il couvre tout le processus de fabrication d’un produit. Il faut donc que chaque maillon de la chaîne coopère (récolte des matières premières, transport, production et élimination). S’il est important que les jeunes parents soient sensibilisés à l’impact écologique des produits destinés à leur bébé, il est primordial que le secteur industriel et les politiques publiques fassent un effort de transparence.

Pour en savoir plus

An updated lifecycle assessment study for disposable and reusable nappies (2008)

Les coûts environnementaux et économiques des protections menstruelles, couches pour bébé et lingettes à usage unique (2019)

Life cycle assessment of two baby food packaging alternatives: glass jars vs. plastic pots (2009)

KLIR: A Model for Calculating Greenhouse Gas Emissions from Dairy Farms (2021)

The carbon footprint of breastmilk substitutes in comparison with breastfeeding (2019)

Centre de ressources sur les bilans de gaz à effet de serre

EcoInvent (base de données sur le cycle de vie des produits)